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Attentats : Jean-Michel et Fabien Clain, les frères djihadistes de la Réunion dans le collimateur des enquêteurs [Décryptage]

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Entrer une légend© LE BÂTIMENT OÙ AURAIT VÉCU FABIEN CLAIN À ALENÇON (EN HAUT À GAUCHE ET EN BAS À DROITE, JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP) ; LES FRÈRES CLAIN À LA RÉUNION (REUNION 1ERE) ; PORTRAITS DE JEAN-MICHEL ET FABIEN CLAIN (EN HAUT À DROITE FRANCE 3, CAPTURE D’ÉCRAN « PIÈCES À CONVICTIONS ») Jean-Michel (à gauche) et son frère Fabien Clain ont été identifiés sur le message de revendication de Daech.

Après les attentats de Paris, l’assaut du Raid à Saint-Denis et les multiples opérations de police, Jean-Michel et Fabien Clain, deux djihadistes originaires de La Réunion sont dans le collimateur des enquêteurs. Retour sur leurs parcours vers le terrorisme.

Depuis les attentats de Paris et après l’assaut du Raid mené à Saint-Denis en région parisienne, les forces de l’ordre poursuivent leurs investigations. Dans le collimateur des enquêteurs, il y a notamment Fabien Clain et son frère Jean-Michel. Ces deux vétérans du djihadisme ont été identifiés dans l’enregistrement de revendication des attentats par l’État islamique. De jour en jour, les parcours de ces deux frères, qui ont passé une partie de leur enfance à La Réunion, se précisent.

A La Réunion de 1991 à 1995
Nés en métropole, les frères Clain ont grandi dans le quartier du Moufia à Saint-Denis à La Réunion, dans les années 90. Sur le site « Copains d’Avant », ils indiquent leurs établissements scolaires. Fabien Clain aurait notamment fréquenté le collège de la Jamaïque à Saint-Denis à partir de 1991, puis le lycée professionnel l’Horizon. Son frère cadet, Jean-Michel, aurait lui été scolarisé à l’école des Bancouliers au Moufia et au collège de la Jamaïque entre 1991 et 1995.

Selon Réunion 1ère qui a rencontré une cousine des frères Clain qui vit dans l’île, « Fabien, l’aîné, était un adolescent attentif, un peu espiègle. Jean-Michel, lui, était toujours dans son sillage ». Tout jeunes déjà, les deux frères semblent inséparables.

Des  chants de guerre
Sur leurs profils respectifs de « Copains d’Avant », les deux frères ont posté des photos d’enfants. Fabien et Jean-Michel Clain disent tout deux aimer « la lecture » et « le basket-ball ». Jean-Michel Clain, qui indique vivre au « Caire », écrit dans sa description de profil : « Quallah accord le bonheur aux sincères qui sont les flambeaux de la bonne direction par qui les ténèbres sont dissipés » (sic.)

Fabien Clain écrit lui : « Toujours la…alhamdoullillah ». Il indique vivre à « Toulouse, Egypte » et a posté sur son profil, une photo de lui et sa femme Mylène F. qu’il aurait rencontrée en classe de CE1 en 1986, à Alençon. Sur son profil « Copains d’Avant », Fabien Clain renvoie vers sa page MySpace, intitulée « rappeleur ». On y trouve une sorte de chant guerrier évoquant l’islam : « Saisis l’anse la plus solide ». Extrait des paroles qui dateraient de 2008 : « On ne peut plus leur permettre de profaner notre foi. Attention à la mort, elle vient n’importe quand. Il faut se préparer. Beaucoup de remords pour les non pratiquants qui se sont égarés ».

Des poèmes en créole
« J’ai déjà écrit des poèmes en français et en créole », aurait-il déjà expliqué selon l’Obs, aux policiers dans le passé. « Mon frère Jean-Michel et moi chantons ensemble, nous avons comme projet de former un groupe qui s’appellerait « rappeleur », des chants de rappel à l’islam, des nasheed. J’ai été rappeur avant d’être poète. Puis après conversion à l’islam j’ai tout arrêté ».

Un départ à Alençon
La famille Clain aurait quitté La Réunion en 1995 pour retourner vivre à Alençon dans l’Orne. Selon les informations de l’Obs, « Fabien Clain galère. Il ne termine pas son BEP métallurgie, s’inscrit à l’Afpa en plomberie. Il enchaîne les missions d’intérim. En 1998, il se met en couple avec Mylène F., une ancienne camarade d’école ».

Les frères Clain se seraient convertis à l’islam à la fin des années 90, « pour rester dans le droit chemin et ne pas basculer dans la délinquance », se souvient leur cousine à La Réunion.

La nébuleuse Toulousaine
En 2001, les frères Clain et leurs femmes partent s’installer à Toulouse. Ils se radicalisent dans la première moitié des années 2000 et apparaissent dans les radars des services de renseignements. Fabien et Jean-Michel se rapprochent de la communauté islamiste d’Artigat basée dans l’Ariège.

Le père de Sabri Essid épousera successivement la mère de Fabien Clain et celle des frères Merah

Ils y rencontrent notamment Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, et d’un de ses bons amis, Sabri Essid. Selon les informations du Monde, ce groupe d’Artigat, considéré comme l’un des noyaux historiques du djihadisme français, se consolide par alliances : le père de Sabri Essid épousera successivement la mère de Fabien Clain et celle des frères Merah.

Fabien Clain, alias Omar, est une « tête pensante du groupe », un mentor pour les plus jeunes. Les frères Clain auraient endoctriné à tour de bras dans leur quartier du Mirail à Toulouse, explique l’Obs qui écrit : « Avec leurs femmes, voilées intégralement, les Clain ne passent pas inaperçus (…). Sur le trottoir, les deux frères font du prosélytisme, trouvant l’imam trop soft ».

L’essentiel  « Réunionnais » en Belgique
En 2003, les frères Clain (appelés selon Le Monde « les Réunionnais ») se seraient installés en Belgique et auraient effectué plusieurs voyages en Egypte, d’après les informations du Monde. Le frère aîné, Fabien, est l’un des organisateurs d’une filière d’envoi de combattants islamistes en Irak. Il aurait été l’un des pivots entre le groupe toulousain et les groupuscules radicaux belges. Les frères Clain sont finalement arrêtés en 2008 pour l’organisation de cette filière. Lors de son procès, en juillet 2009, Fabien Clain est condamné à cinq ans de prison.

Retour à Alençon
A sa libération en 2012, le djihadiste réunionnais est interdit de territoire dans 22 départements. Il s’installe à Alençon, en Normandie, la ville où il a passé une partie de sa jeunesse.

Il s’indigne contre un reportage de « Pièces à conviction » de France 3, qui le présente comme un proche de Mohamed Merah. Selon 20 Minutes, Fabien Clain se plaint des conséquences de ce reportage. Enseignant l’arabe, il assure à l’époque que sa vie est un « enfer » depuis la diffusion du sujet. Il porte plainte pour diffamation contre France Télévisions et « envisage de déménager ». Son frère Jean-Michel, père de six enfants, serait lui déjà en Syrie.

Un départ pour la Syrie et des projets d’attentats
En 2014, Fabien Clain aurait pris le chemin de la Syrie, en compagnie de sa femme, ses trois enfants et plusieurs membres de la mouvance islamiste radicale toulousaine. Ensemble, ils rejoignent l’Etat islamique et reconstituent sur place la cellule d’Artigat. De là, il reste en contact avec des aspirants-jihadistes en France et est considéré comme l’un des instigateurs de l’attaque avortée en avril contre une église à Villejuif (région parisienne), menée par le jeune Algérien Sid Ahmed Ghlam. Selon le Monde, on retrouve également le nom de Clain, dans un projet d’attentat avorté au Bataclan, en 2009, fomenté par une cellule Al Quaida.

Un passage à Alençon il y a quelques mois ?
S’il a rejoint la Syrie en 2014, Fabien Clain aurait toutefois été aperçu à Alençon ces derniers mois, selon des témoignages recueillis par l’AFP. « On l’a pas vu depuis mars ou mai, le printemps quoi. Il faisait des allers et retours. On ne savait pas où il allait », expliquent deux jeunes musulmans d’Alençon rencontrés à la sortie de la Mosquée. Fabien Clain a encore un appartement à Alençon et son nom est toujours sur sa boîte aux lettres qui déborde de courrier, a constaté mercredi une journaliste de l’AFP.

Dans le quartier, les jeunes musulmans se souviennent de lui : « En public c’est quelqu’un qui parle comme un mage, un poète. C’est un séducteur. Il ne s’énervait jamais ». « C’était quelqu’un qui faisait gentil, affable, souriant, je n’ai jamais eu de discussion dogmatique ni quoi que ce soit avec lui », se souvient l’imam, Mamadou Daffé. Omar Sadequi, président de l’association qui gère la mosquée Mahabba d’Alençon, ne l’a plus vu dans son lieu de culte « depuis la fin de l’année dernière », soit fin 2014.

 

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Cette entrée a été publiée le 20/11/2015 par dans Société, et est taguée , , , , , , , .

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