Collectifdom-Le Blog

Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais

On ne peut pas rire de tout !

Interview de DANIEL DALIN, Président du Collectifdom

parue dans MISS EBENE de mars 2013 

https://www.facebook.com/missebeneofficiel

Un « empêcheur de tourner en rond ». C’est ainsi que se décrit le président du CollectifDom. Cet ancien membre du personnel hospitalier, reconverti dans le syndicalisme, s’est donné pour mission de défendre les intérêts des ultramarins. Sa dernière cible ? Nicolas Bedos. L’association le poursuit pour injures publiques raciales. En cause, deux chroniques au vitriol publiées dans Marianne.

Propos recueillis par Meréva Bain

Comment votre association a-t-elle appris l’existence de ces écrits ?

L’un de nos sympathisants nous a averti qu’un texte intitulé « Indolence insulaire » avait été publié par Marianne. Je l’ai lu plusieurs fois en me disant qu’il fallait avoir de l’humour. Mais un malaise persistait. Je l’ai envoyé à des amis et aux membres de CollectifDom. On a cherché l’humour. On l’a vraiment cherché. On n’a pas trouvé. Il n’y a pas d’humour à insulter les gens. Même des amis métropolitains n’ont pas du tout trouvé ce texte drôle. Nous avons décidé à l’unanimité de déposer une plainte contre Nicolas Bedos.

«A-t-on le droit de traiter les gens
d’ « enculés de nègres » dans les médias ?
La justice le dira, »

Pour le chroniqueur, il s’agit d’une « satire du touriste gros con facho » s’attaquant aux mêmes clichés que vous…

Nous n’avons besoin de Nicolas Bedos pour nous défendre. Nous combattons ces idées reçues au quotidien. Lui, écrit pour choquer. Il vit de l’insulte et de la caricature. On ne fait du business en tapant sur les communautés. Je dis à Nicolas Bedos, ça suffit ! Mettons qu’un chef d’entreprise, lecteur de Marianne, tombe sur son article et qu’il voit des termes comme « feignasserie antillaise » à un moment où il doit recruter des gens, que croyez-vous qu’il fera face à la candidature d’un jeune Antillais ? Le citoyen lambda n’a pas le recul nécessaire. Il ne retiendra que le sens premier de ces écrits. On peut faire de l’humour mais il y a des sujets avec lesquels ce n’est pas possible.

Jean-François Copé, Claude Guéant… D’autres personnalités publiques ont tenu des propos qualifiés de « racistes ». Pourquoi avez-vous choisi de porter plainte contre Nicolas Bedos?

Il en faut un pour commencer. C’est tombé sur lui. Patrick Karam, le fondateur de notre association, a dénoncé par écrit les propos de Jean-François Copé et Claude Guéant. Cela nous a satisfaits. Mais Nicolas Bedos a été plus insultant que les autres. Il a franchi la ligne rouge. Aujourd’hui c’est lui. Demain ce sera un autre. Et on est quoi ? Un tableau noir où chacun vient ajouter sa petite prose raciste en se cachant derrière l’humour. Non, on arrête avec cela ! Si la justice nous donne raison, vous ne verrez plus ce genre de caricatures dans les journaux.

Certains voient dans cette action en justice un coup médiatique visant à vous démarquer des autres associations…

Nous ne cherchons pas la publicité. Mais quand il faut monter au créneau, nous le faisons. Nous avons le droit de nous sentir choqués. Et dans ce cas, nous avons le droit de porter plainte, quoi qu’ils en disent, Notre but est d’interpeller l’Etat et la société avec une simple question : a-t-on le droit de traiter les gens d’ « enculés de nègres » dans les médias ? La justice le dira. Si elle nous donne raison, cette affaire fera jurisprudence.

Quel regard portez-vous sur le dépôt de plainte contre l’Etat français annoncée par Rosita Destival, descendante d’esclaves réclamant une réparation financière?

Cette plainte a été orchestrée par les têtes pensantes du CRAN. Pour le coup, il s’agit là d’un coup médiatique. Ils veulent faire pression sur le gouvernement pour maintenir Françoise Verges à la tête du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CPMHE). Nous pensons qu’elle préside cette institution depuis trop longtemps. Certaines de ses prises de position, comme la signature d’une tribune favorable aux réparations financières de l’esclavage dans le Monde, ne sont pas compatibles avec sa fonction. Ecrire ce genre de choses, c’est rouvrir la boîte de Pandore. Si réparations il y a, elles pourraient passer par l’éducation, par exemple. Comment parler davantage de l’esclavage dans les manuels scolaires ? Il faudrait que Louis Delgrès devienne aussi célèbre que Guy Môquet. Aux Antilles, une Maison de l’esclavage mettant en commun l’histoire de nos békés (Blanc vivant aux Antilles -ndlr-) et la nôtre permettrait d’aboutir à une histoire apaisée. Le CPMEH devrait initier ce type de projets.

Le CollectifDom se définit comme un « lobby apolitique pour l’Outre-mer ». Quels seront vos chantiers prioritaires durant ce quinquennat?

J’ai interpellé dernièrement la déléguée interministérielle, Sophie Elizéon, au sujet des congés bonifiés et du prix des billets d’avion. Durant la campagne, François Hollande s’est dit favorable aux prix plafonds sur les billets d’avion entre la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. Nous serons là pour le lui rappeler. Dans le domaine de la santé, il est impératif de mettre les hôpitaux de l’Outre-mer au même niveau de compétence que ceux de l’Hexagone. Les pouvoirs publics doivent aussi prendre conscience que la drépanocytose frappe les départements d’outre-mer. Ces derniers méritent la mise en place d’un plan Marshall contre cette maladie.

Un socialiste comme vous aura tout de même du mal à critiquer un gouvernement de son bord politique…

Je ne suis pas un socialiste godillot qui va là où on lui dit d’aller. Si un socialiste ne respecte pas ses promesses, il me trouvera sur son chemin. Nous sommes là, par exemple, pour rappeler à François Hollande son engagement de supprimer le mot « race » de la Constitution. Je ne dis pas que cela fera disparaître le racisme mais nous veillerons à ce que cette promesse ne passe pas à la trappe. L’un des objectifs du CollectifDom est l’émergence d’une élite de la diversité. Pour cela, il faut faire sauter le verrou du monopole du pouvoir. En interdisant le cumul des mandats, par exemple. Une autre promesse du candidat Hollande.

Bio express

Syndicaliste CFDT chargé des questions de discriminations

Membre de la fédération PS de Saint-Denis

Président du Collectifdom depuis 2007

Anime une émission de débat hebdomadaire « Le cénacle » sur la webradio P2M.

Encart

Miss Ebene mars 2013

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Cette entrée a été publiée le 26/03/2013 par dans Société, et est taguée , , , .

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