Midi Libre
L’assassinat de Jean-Ronald n’a pas fini de faire couler de l’encre. Hier, à la lumière des nouveaux rebondissements relayés dès lundi dans nos colonnes, le procureur adjoint de la République Patrick Desjardins a bien voulu faire le point sur les investigations menées dans cette affaire constituant, actuellement, le plus gros dossier criminel instruit par la cour d’appel de Montpellier.
1. Un mort et 24 personnes mises en examen
Depuis le début de la semaine, trois nouvelles personnes appartenant, dixit le magistrat, “à la même mouvance que les premiers incarcérés”, ont été interpellées conjointement par les enquêteurs de la PJ de Toulouse et leurs collègues du commissariat millavois. Résidant dans la cité gantière, ces trois suspects ont tous été mis en examen des chefs de complicité d’assassinat et de tentative d’assassinat : deux ont été écroués dans la foulée. Quant au 3e, il a depuis été laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Ce qui porte à 24 le nombre de personnes mises en examen, dont onze dorment actuellement derrière les barreaux de diverses prisons du sud de la France.
2. L’ADN a parlé
Pour arriver à déterminer qui à fait quoi durant cette expédition punitive, les enquêteurs ont fait appel en avril dernier à des experts du laboratoire bordelais de Christian Doutremepech. Grâce à ses conclusions remises cet été sur le bureau du juge d’instruction, l’ADN de deux suspects de type masculin a ainsi été identifié à l’intérieur de l’appartement de Jean-Ronald, ainsi que sur le short que la victime portait le soir où elle a été laissée pour morte. Ces derniers, incarcérés dans la foulée, avaient pourtant juré n’avoir jamais pénétré sur le lieu du crime. Cette semaine, ce sont encore ces prélèvements scientifiques d’indice qui ont accouché à l’arrestation de trois nouveaux protagonistes, lesquels ont la particularité de n’avoir jamais été inquiétés dans ce dossier. On ne peut pas exclure que d’autres têtes tombent dans les mois à venir…
3. Une attaque planifiée mais des rôles encore flous
Si le caractère planifié, voire organisé de l’attaque ne fait plus l’ombre d’un doute, les enquêteurs éprouvent encore de grandes difficultés à établir les responsabilités des uns et des autres. Seize mois après la mort de Jean-Ronald, les suspects se retranchent toujours dans le silence, laissant planer le mystère sur l’identité de celui qui aurait porté les coups de couteau mortels. Du moins, jusqu’ici. En effet, les récentes arrestations venues couronner “le travail phénoménal” des enquêteurs risquent de perturber sérieusement la défense des inculpés. Qui doivent tous être réentendus prochainement.
4. Une reconstitution d’ici la fin de l’année ?
Si la tenue d’un procès n’est pas encore à l’ordre du jour, la perspective d’une reconstitution des événements de la nuit du 8 au 9 mai 2010 fait son chemin. Selon le procureur adjoint de Montpellier, celle-ci pourrait intervenir d’ici la fin de l’année dans le cœur de ville et serait accompagnée d’un important périmètre de sécurité dressé par les forces de l’ordre.
Millau Meurtre de Jean-Ronald : deux suspects incarcérés
Trahis quatorze mois après le crime par une trace infime. La semaine dernière, deux jeunes Millavois ont été incarcérés dans le cadre de l’enquête ouverte sur l’assassinat de Jean-Ronald d’Haïti, victime le 8 mai 2010 à Millau d’une incroyable expédition punitive. Cet Antillais de 21 ans avait été tué à coups de couteau dans son appartement par un groupe d’agresseurs, lesquels avaient aussi laissé pour mort sur la place Foch l’un de ses amis, qui avait fui par la fenêtre.
Pour la justice, ce crime est lié “à un différend entre communauté maghrébine et communauté antillaise, qui s’opposent sur fond de trafic de stupéfiants”. Et cette affaire constitue aujourd’hui le plus gros dossier criminel instruit dans la cour d’appel de Montpellier : 22 personnes ont été mises en examen, dont une dizaine sont toujours derrière les barreaux. L’instruction est complexe. Il va falloir déterminer qui a fait quoi, lors de cette attaque planifiée et organisée, menée dans le but de tuer, alors qu’aucun des suspects n’a reconnu avoir porté les coups de couteau mortels.
Pour cela, des experts du laboratoire bordelais de Christian Doutremepuich ont effectué en avril de nouveaux prélèvements à l’intérieur de l’appartement de Jean-Ronald d’Haïti, ainsi que sur ses vêtements. Début juillet, les résultats arrivent sur le bureau du juge. Stupeur : l’ADN de deux suspects qui juraient n’avoir jamais pénétré dans les lieux a été mis en évidence sur les scellés examinés.
L’une des traces est infinitésimale : une cellule épithéliale, retrouvée sous le bord du short de Jean-Ronald. Début septembre, les deux suspects sont convoqués chez le juge, qui demande et obtient leur incarcération. “Leur participation est visiblement beaucoup plus importante que ce qu’ils indiquaient précédemment”, a précisé cette semaine l’avocat général, devant la chambre de l’instruction où l’un d’eux était venu demander sa libération. “Depuis 14 mois, il respecte à la lettre son contrôle judiciaire”, a répliqué Me Chaigneau, son avocat.
Début juillet, un autre suspect qui avait bénéficié d’une remise en liberté a été réincarcéré par la justice : il avait été vu à Millau en compagnie de personnes qu’il n’avait pas le droit de rencontrer.
L’enquête est toutefois loin d’être achevée : “Une reconstitution est envisagée avant la fin de l’année, précise une source judiciaire. Mais il va falloir prendre des mesures de sécurité extrêmes.” Le procès, qui est encore dans un avenir lointain, sera de toute façon hors-norme, avec une vingtaine d’accusés à la barre.
Il y a un an, un commando tuait Jean-Ronald chez lui
Il y a un an jour pour jour, Jean-Ronald perdait la vie à l’issue d’un déferlement de violences qui ébranla toute la ville. Depuis, un véritable marathon s’est engagé sur le front judiciaire pour tenter de définir les responsabilités de ce drame sans précédent qui fit une victime à jamais et trois blessés.
En ce jour de triste anniversaire, les amis du défunt – sa famille vit à Saint-Martin – ont décidé d’organiser une cérémonie qui se tiendra vers 19 h sur la place Foch, au pied du petit immeuble où Jean-Ronald, alors âgé de 21 ans, fut lynché chez lui par des agresseurs encagoulés et armés jusqu’aux dents. “Amenez une fleur, une bougie…», indiquent brièvement ses proches sur Facebook.
Le Millavois David B., pour qui cette disparition brutale s’apparente encore à une plaie béante, viendra s’y recueillir. Jusqu’à cette terrible nuit du 8 mai 2010, ils étaient unis comme les deux doigts de la main. “C’est difficile pour moi de parler de Jean-Ronald sans pleurer”, avoue douloureusement ce jeune homme de 22 ans. Les médias, à vrai dire, ce n’est pas vraiment sa “came” mais il poursuit l’entretien pour honorer la mémoire de celui qu’il considérait comme un “frère”.
Basile, ami de Jean-Ronald “On s’est connus on avait à peine 5 ans, raconte David. On a grandi ensemble dans la même cité, à Saint-Martin. Puis, je l’ai rejoint à Millau, pour étudier et trouver du travail. C’était un pote. Il savait, rien qu’en me regardant, si je m’étais levé du mauvais pied. C’était le gars le plus gentil que je connaisse. Aujourd’hui, comment pourrais-je l’oublier ? Chaque jour qui passe, je pense à lui.”
“Entre ce qui est arrivé dans notre pays et la mort de “Scra”, ce fut une année très difficile pour notre communauté”, confie ensuite Basile, un jeune Haïtien qui jouait régulièrement au foot avec “Scra”.
Le soir de l’expédition punitive menée, selon la chambre de l’instruction, “sur fond de rivalité entre communautés antillaise et maghrébine”, Jean-Ronald avait décidé de passer la soirée chez lui devant une série télé, avec quatre amis. David, lui, dormait chez sa copine. La tragédie, “je l’ai apprise par téléphone, se souvient ce dernier. Je me suis rendu aussi vite que j’ai pu sur la place et j’ai compris en voyant l’ambulance. Pour être honnête, jusque-là, on ne prenait pas vraiment au sérieux les menaces des gars de Malhourtet.”
Aujourd’hui, David enchaîne les petits jobs dans la restauration, une voie par défaut qu’avait prise également Jean-Ronald. “Je ne demande qu’à avancer, passer à autre chose. Regarder devant moi et profiter de la vie”, lâche le jeune homme.
“On fait confiance à la justice. Le jour du procès, je serai là. Et j’espère que les auteurs assumeront.”
David, ami d’enfance Comme beaucoup, il ne souhaite aucunement raviver les braises communautaires éteintes par la marche silencieuse qui rassembla, au lendemain du meurtre, plus d’un millier de personnes dans les rues de la ville. “Depuis la mort de Jean-Ronald, de nombreux Millavois se sont rapprochés de nous”, concède Basile. À ce titre, le collectif lancé par Pierre Saïzouno et Yves Iscayes a joué un rôle fondamental pour ces jeunes Antillais installés dans le centre-ville et bien souvent en manque de repères et de perspectives professionnelles.
Reste l’enquête qui piétine, semble-t-il. “On n’est au courant de rien mais je fais confiance à la justice. Le jour du procès, je serai là, assure David. Je veux savoir qui a fait quoi. Et j’espère que les auteurs assumeront.” Pour l’heure, vingt et un individus - dont quatre mineurs – ayant participé de près ou de loin à ce commando punitif ont été mis en examen par les deux juges d’instruction en charge du dossier. Parmi les suspects présumés, huit des principaux protagonistes dorment actuellement en prison. Pour autant, aucun n’aurait encore reconnu les coups de couteau portés sur Jean-Ronald.
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MILLAU – Affaire Jean-Ronald :
remise en liberté réfusée pour l’un des suspects
La cour d’appel de Montpellier a rejeté la demande de remise en liberté de l’un des protagonistes du meurtre de Jean-Ronald d’Haïti, tué à coups de couteau le 8 mai dernier à Millau, sur fond de règlement de compte entre les communautés antillaise et maghrébine de la ville.Plus d’informations dans l’édition locale de Midi Libre.
Édition du mercredi 22 septembre 2010
AVEYRON – Meurtre de Jean-Ronald : une nouvelle personne écrouée
La semaine dernière, en toute discrétion, les hommes de la PJ de Toulouse, épaulés par les policiers millavois, ont procédé à une nouveau coup de filet dans le cadre de l’enquête sur la mort de Jean-Ronald, un jeune antillais de 21 ans tué dans la nuit du 8 au 9 mai, Place Foch, à Millau.
Le corps de Jean-Ronald D’Haïti, tué à Millau le 8 mai dernier lors d’une expédition punitive, a été rapatrié à Saint-Martin en fin de semaine dernière. Son enterrement avait lieu hier, dans la petite église de Hameau du Pont, le quartier de son enfance. Après la cérémonie religieuse, un long cortège d’environ 400 personnes a suivi le véhicule funéraire jusqu’au cimetière de Marigot.
D’après un proche de Jean-Ronald que nous avons joint par téléphone hier, le jeune homme dormait lorsque les agresseurs ont fait irruption dans son appartenant de la place Fosh à Millau, il était autour de 23h. « Tout le monde s’est enfui par la fenêtre, et Jean-Ronald est resté. Contrariés de ne pas avoir mis la main sur la personne qu’ils cherchaient, les agresseurs s’en sont pris à Jean-Ronald. Il n’avait rien à voir avec cette affaire de bagarre. »





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